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Magalie portrait
Argentine - Photo Maeva Morin

Recyclage social à Buenos Aires

  |   Environnement   |   No comment

Par Maeva Morin

Alors que le pays traverse sa plus grave crise économique, des habitants de Buenos Aires s’organisent en coopératives pour récupérer les déchets et ainsi subvenir à leurs besoins. Aujourd’hui, l’activité de ces cartoneros est reconnue par la collectivité. Retour sur une victoire citoyenne et sociale.

Magalie portrait

En 2001, l’Argentine est touchée de plein fouet par la plus grave crise économique de son histoire : près de 50% de la population sombre dans la pauvreté. Pour nombre d’habitants de la métropole de Buenos Aires, la récupération des déchets devient le seul moyen de subsistance. Mais cette activité étant illégale, les cartoneros (2) s’affrontent quotidiennement avec la police. À la faveur de la montée en puissance du rôle politique des coopératives, à partir de 2001, ils s’organisent afin de pouvoir exercer leur activité légalement.

« Travailler dans la coopérative est source de respect dans le quartier. De plus nous œuvrons pour l’environnement. »

Avec le soutien d’universitaires, d’avocats et d’ONG locales, comme Gaia ou Greenpeace argentine, les cartoneros amorcent une réforme inédite et durable dans la gestion des déchets ménagers à l’échelle métropolitaine. Une première loi (n° 992) est votée en 2003, qui reconnaît le rôle positif des récupérateurs. Puis, en 2005, Buenos Aires adopte la loi dite de « Zéro déchet » qui prévoit une diminution progressive des déchets ménagers. Enfin, plus récemment, treize coopératives ont pu participer à l’appel d’offre lancé par la Ville de Buenos Aires en vue des nouveaux contrats de collecte des déchets recyclables.

Intégration sociale

Les récupérateurs ont donc finalement obtenu une reconnaissance via un statut juridique : promoteurs environnementaux, ils ont un rôle de sensibilisation auprès des habitants de la ville, notamment grâce à la collecte au porte à porte qu’ils ont mis en place dans certains quartiers. Ils souffrent ainsi de moins en moins de l’image d’indigence qui jusqu’alors leur collait à la peau. Dans la Municipalité du Tigre, des récupérateurs de la coopérative Creando Conciencia ont en effet déclaré : « Travailler dans la coopérative est source de respect dans le quartier. De plus nous œuvrons pour l’environnement. » La Ville de Buenos Aires apporte également un soutien financier – versement de 700 à 800 pesos – et technique – transport, construction de centres de tri – à certaines coopératives. Elle met enfin progressivement en place un système de protection sociale pour certaines de ces structures : sécurité sociale, équipement, crèches, etc. Il faut toutefois souligner que, sur ces différents points, les poli- tiques sont assez inégales selon les coopératives concernées. Les campagnes de sensibilisation restent insuffisantes et la question des récupérateurs indépendants, ceux qui ne veulent pas intégrer une coopérative, reste non résolue et conflictuelle. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’en moins de dix ans, de simples récupérateurs de rue ont révolutionné le système de gestion des déchets ménagers dans la métropole de Buenos Aires. Les cartoneros sont devenus des acteurs incontournables de la gestion des déchets ménagers. Ces coopératives participent aujourd’hui à la collecte des déchets ménagers aux côtés des grandes entreprises privées, qui en détenaient jadis le monopole.

Argentine - Photo Maeva Morin

1. Le projet Les Récuperacteurs, soutenu par l’association Curiozworld (www.curiozworld.fr), a été récompensé en 2012 par le jury du Prix des initiatives étudiantes pour l’éducation au développement (PIEED), organisé par l’association Etudiants & Développement (www.etudiantsetdeveloppement.org)

2. Nom argentin désignant les récupérateurs de rue.

3. Article publié dans le magazine Altermonde n°32

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