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Rio+20 : l’environnement deviendra-t-il (enfin) un chantier prioritaire ?

  |   Environnement   |   No comment

Par Maeva Morin (1)

Malgré la mobilisation de la société civile et les alertes des scientifiques, les dirigeants peinent à prendre des mesures fortes pour préserver l’environnement. Pourquoi un tel aveuglement ? Le changement, c’est pour quand ?

À l’heure où s’ouvrait Rio+20, une chape de scepticisme pesait déjà sur le sommet : « Encore un sommet pour rien ? », n’était-il pas rare d’entendre. Ban Ki-Moon n’avait-il pourtant pas déclaré dans une tribune à « Libération » le 29 mai dernier : « Une fois de plus, Rio nous donnera l’occasion de recommencer à zéro, de mettre le cap sur un avenir dans lequel les dimensions économiques, sociales et environnementales de la prospérité et le bien-être de l’humanité s’équilibrent. »

Rio+20 ne fut non seulement pas l’occasion de recommencer à zéro, mais a surtout été frappé du sceau de la déception comme le soulignait Sandrine Belier, député européenne d’EELV. Alors que la société civile montre, par sa mobilisation, qu’elle est prête à accueillir les changements nécessaires pour un « green deal », les dirigeants de ce monde se montrent toujours plus frileux dans l’adoption de normes effectives et surtout contraignantes.

La déclaration adoptée est d’autant plus décevante que l’espoir et la symbolique de Rio+20 était forte. Claude-Marie Vadrot déclarait en ce sens que le « sommet de Rio marqu(ait) une victoire de la diplomatie prudente et éloignée des réalités humaines économiques et environnementalistes ».

La théorie de l’effondrement

En 2007, le biologiste Jared Diamond, posait dans son livre « Effondrement » une question plus que jamais d’actualité : « Pourquoi certaines sociétés prennent-elles des décisions catastrophiques ? » Son livre est en effet consacré aux sociétés, anciennes et modernes, qui ont disparu suite à des désastres écologiques, notamment. Partant de l’exemple de l’île de Pâques celui-ci pose cette interrogation : « Que se dit à lui-même le Pascuan qui abattit le dernier arbre ? Les dommages infligés à l’environnement se font-ils en toute connaissance de cause ? »

Au risque d’être un peu technique, il me semble important de vous exposer les quatre cas, sans tous les développer, qu’il a identifiés en tentant de répondre à cette question fondamentale.

1. « Les groupes peuvent causer des catastrophes, parce qu’ils ne parviennent pas anticiper un problème avant qu’ils survienne. » C’est notamment le cas en l’absence d’expériences antérieures (le cas des Viking du Groenland) ou encore du fait que les sociétés ont une « tendance à l’oubli » lorsque des intérêts sociaux-économiques sont en jeu.

2. « Les sociétés peuvent percevoir ou non qu’un problème se pose vraiment. » L’exemple le plus probant est le réchauffement climatique : la détérioration se fait lentement, l’évolution est graduelle et il est donc difficile de la mesurer. D’où la persistance de climato-sceptiques.

3. « Les sociétés échouent même à résoudre un problème qu’elles ont perçu », que l’on pourrait résumer par le concept sociologique de la « tragédie des communs ».

4. Une société peut échouer à résoudre un problème perçu, voire anticipé : c’est le cas de la préservation des moineaux de Floride pour des raisons liées au coût. La politique entreprise par les autorités locales semble se résumer à : « Trop peu, trop tard », et donc à l’échec de la préservation de ces oiseaux.

Statues-Ile-de-Paques

Pourquoi des sociétés choisissent-elles de disparaître ?

Ce sont les deux derniers diagnostics qui correspondraient le mieux à la situation que nous vivons actuellement. En effet, nos sociétés contemporaines ont perçu la nécessité de modifier leurs comportements vis-à-vis de l’environnement : le modèle productiviste-consumériste a atteint ses limites et n’est plus soutenable.

Pourtant, bien que conscients de cette nécessité de changement, les dirigeants politiques peinent à adopter les mesures répondant aux défis environnementaux actuels et futurs. Pourquoi ? Jared Diamond propose la théorie de « comportement rationnel » et de « comportement irrationnel ». Dans le premier des deux cas, les individus agissent selon leur intérêt particulier : un pêcheur va pêcher un maximum de poissons avant que son concurrent ait l’occasion de pêcher lui aussi.

La solution serait bien sûr de penser à l’intérêt commun en imposant une régulation fixant la quantité de ressources (en instaurant des quotas par exemple) à exploiter et éviter ainsi la surexploitation. Dans le deuxième cas, « le refus de tirer des conclusions qui s’imposent à partir de signes négatifs » semble bien être le mal qui empêche les grands de ce monde à prendre les décisions qui s’imposent. Cela demande un courage politique et un dirigeant « visionnaire » capable de dépasser le temps court de son mandat et de penser sur le long terme.

Une question subsiste : dès lors que le diagnostic est établi, pourquoi une société ne parviendrait-elle pas à résoudre le problème perçu ?

Est-il possible qu’une société fasse le choix de l’échec, contre tout vraisemblance ? D’après Jared Diamond, « une solution peut exister, mais elle peut être trop couteuse, ou nous efforts peuvent être trop minimes ou tardifs ».

Quel avenir pour nos sociétés contemporaines ?

Une chose est sûre : les générations futures pourront s’interroger sur l’aveuglement ou le « jusqu’au-boutisme » de nos sociétés qui, conscientes de la catastrophe prochaine, persistent en refusant d’adopter des mesures concrètes et contraignantes. Alors que des sociétés anciennes telles que les Mayas, les Vikings ou encore les habitants de l’Île de Pâques ne disposaient pas des connaissances scientifiques capables de prédire leur perte, nos sociétés détiennent les connaissances écologiques permettant d’affronter les problèmes rencontrés.

Courons-nous dès lors à notre perte ?

En réalité, la réponse semble être que « tout dépend du choix opéré par chaque société ». L’histoire compte des exemples de sociétés anciennes et contemporaines ayant réagi avant que la catastrophe ne survienne. C’est le cas pour le Costa Rica qui a abandonné son budget militaire au profit, notamment, de la préservation de son environnement naturel.

Aujourd’hui, la mobilisation de la société civile est un signal fort lancé aux dirigeants mondiaux. Chaque jour, des citoyens et des associations se mobilisent et résistent, ici contre un barrage, là pour dénoncer l’accaparement de terres ou encore contre une usine dont les émanations toxiques empoisonnent des populations locales, lasses de voir leur environnement se détériorer.

La société civile est prête pour la transition écologique et sociale, mais les politiques auront-ils le courage d’impulser ce changement tant attendu ?

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(1) Article publié dans le Plus du Nouvel Obs le 25.06.2012

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