Curiozworld | Les débuts du projet en Argentine
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Magalie portrait
Maeva Morin

Les débuts du projet en Argentine

  |   Les Récuper'acteurs   |   No comment

Maeva Morin vous invite à une rencontre insolite : la découverte d’hommes et de femmes qui vivent de la récupération des déchets.

Souvent loin des lumières de la ville, ils glanent dans nos poubelles des matériaux et des objets susceptibles d’être vendu. Aller à la rencontre des Récuper’Acteurs c’est d’une part découvrir une activité méconnue mais aussi réfléchir à un mode de consommation durable.

les réccuper'acteurs

Trois facteurs ont concouru à la naissance de ce projet.

 

Une passion pour les voyages et la découverte de l’autre, un intérêt particulier pour l’environnement et le développement durable, et la participation à un projet photographique antérieur. C’est au cours d’un premier voyage en Argentine, en 2009, qu’est né mon intérêt pour la question du recyclage à Buenos Aires.

 

      Les réccuper'Actaurs A cette époque, la ville connaissait un taux important de personnes vivants du recyclage informel, c’est à dire « la part de l’activité économique échappant aux cadres normatifs, statistiques, administratifs ou fiscaux ». La ville était alors quotidiennement arpentée par un flot continuel de « récupérateurs urbains » qui à l’aide d’un chariot, tiré par un cheval ou la seule force humaine, ramassent, trient puis revendent les matières recyclables (plastiques, papiers, cartons).   les Récuper'Acteurs Aujourd’hui, même si le secteur informel est encore très prégnant dans la ville, l’année 2011 semble marquée par une « formalisation de l’activité ». En effet, le gouvernement de la ville, soucieux de faire entrer Buenos Aires dans le cercle des villes vertueuses en matière d’assainissement urbain, tend à mettre en place une gestion municipale des déchets efficace et efficiente. Ainsi les coopératives ont pu en 2011, et ce pour la première fois, répondre à l’appel à projet de la municipalité pour la gestion publique des déchets recyclables. Il faut toutefois noter que les autorités publiques n’interviennent pas sur la perception qu’ont les porteños des récupérateurs. En effet si l’aspect environnemental est mis en avant – la récupération des matériaux par les coopératives est reconnue d’utilité publique – les récupérateurs sont encore perçus comme des « indigents » vivant en marge de la société. Il est donc intéressant de suivre le parcours de ces « cartoneros » devenu  « récupérateurs urbains » : comment perçoivent-ils ce changement ? Y voient-ils une amélioration de leur condition de vie ? Comment jugent-ils la politique du gouvernement en la matière ? Ont-ils des propositions pour mettre en place une politique éducative de trie en amont efficace ?

Et la condition des récuper’acteurs  en France

C’est une fois sur place, au contact des récupérateurs urbains, que l’idée d’un regard croisé avec la France est née. En effet, Cristian – de la coopérative Creando Conciencia – m’a un jour demandé si en France aussi nous avions des cartoneros. De prime abord, nous serions tentés de répondre que non puisque la France est entrée dans une démarche de gestion intégrée de ses déchets depuis 1992. Il n’existe donc pas de marché informel pour les filières du plastique, du verre ou encore du carton. Pourtant, loin des regards, la récupération est plus que jamais d’actualité en France. En effet, si les chiffonniers semblent appartenir aux livres d’histoire sur la ville de Paris, ce serait une erreur de penser que la biffe a disparu des rues de la capitale. Les Récuper'Acteur

En effet, les biffins – littéralement personne qui récupère de vieux chiffons pour les revendre – sillonnent encore aujourd’hui la capitale, fouillant nos poubelles en quête d’objets à vendre. Grâce à ces hommes et femmes des objets jugés inutiles par leur  propriétaire connaissent une deuxième vie. A l’heure où l’Ademe sonne la sonnette d’alarme sur la surconsommation des ménages français – avec pour première conséquence une génération toujours plus importante de déchets par an et par habitant1 – la récupération a le vent en poupe. Ainsi la ville de Paris, face aux revendications des biffins, et à la clientèle croissante de ces derniers, tend à formaliser l’activité en créant des carrés de biffins permettant à ces derniers de vendre légalement leurs produits2. Un carré est installé à la Porte de Montmartre ainsi qu’à la Porte de Vanves et d’autres sont encore en projet à Montreuil notamment. Alors même que l’activité tend a redevenir visible et à se formaliser, les biffins restent dans une situation de grande précarité : si la cotisation à l’année au carré est de 10 euros, les biffins de la Porte de Vanves doivent payer le placier 2,40 euros chaque fois qu’ils viennent vendre, ce qui représente une perte les jours où ils vendent peu. Enfin, les biffins restent globalement stigmatisé : vivant du déchets ils sont assimilés à ce dernier, mis au banc de la société. recuper'acteur4

Cyrille Harpet a en effet montré dans son ouvrage « Du déchet : philosophie des immondices »3 que les travailleurs qui vivent des déchets sont souvent assimilés à celui-ci : « Le déchet est un outil de stigmatisation. (…) s’il n’est pas directement apposé sur les individus vivant du déchet, s’il ne leur est point préalablement destiné, il faut convenir que dès lors qu’ils entretiennent une proximité avec « l’abject », ils en sont conséquemment marqués ». Le déchet demeure la matière de la contamination symbolique ». Ainsi de nombreux biffins racontent exercer leur activité sans que leur proche le sache, avoue avoir honte ou encore vivre le fait de venir vendre au marché ou à « la sauvette » comme une atteinte à leur amour propre. A l’heure des changements et de la médiatisation de la situation des biffins, il nous a semblé important d’aller à leur rencontre : depuis combien de temps vivent-ils de la biffe ? Comment a évolué cette activité ? Que pensent-ils de l’entrée de nouveaux acteurs (Mairie de Paris, Associations) dans leur domaine ? Que pensent-ils d’une formalisation de leur activité ? Le présent projet n’a pas vocation à changer le quotidien de ces Récuper’Acteurs de déchets mais davantage de leur donner une visibilité grâce au média de la photographie. Il s’agira de dépasser les différences sociaux-économiques séparant la France et l’Argentine pour se pencher sur le quotidien de ces hommes et ces femmes. Montrer l’intérêt social et environnemental de leur activité à l’heure du gâchis et de la surconsommation.


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